RECIFE - 2 au 8 novembre
Le quartier où je suis accueillie
s'appelle Boa Viagem (bon voyage).
Où mieux commencer mon séjour?
Tout de suite, ce qui m'impressionne à
Recife, c'est la hauteur des bâtiments. On dirait que la norme
minimale, c'est quinze étages! D'après ce qu'on m'a dit, la plupart
des villes brésiliennes sont construites comme ça, donc je vais
devoir m'habituer.
Les tours de 20 étages, c'est banal.
Un immense immeuble peut être soit une tour de luxe, soit une barre
HLM, finalement ce n'est pas la forme ou la capacité du bâtiment
qui détermine ça mais plutôt sa localisation et les services
inclus..
Je n'ai pas pu m'empêcher de
frissonner à l'idée d'une coupure de courant qui rendrait hors
service l'ascenseur. Monter 12 étages dans le noir, ça ce serait de
l'expérience de voyage!
Le centre-ville historique, en
revanche, "Recife antiguo", est beaucoup plus bas et
beaucoup plus similaire aux villes péruviennes que j'ai visitées
jadis et naguère. On y trouve des places, des petites rues pavées,
des façades colorées avec un degré de décrépitude variable, la
plus ancienne synagogue du continent sudaméricain, des arbres tordus
retenus par des barres métalliques bleues, un mini théâtre tout
mignon et beaucoup de jolis graffitis.
Je fais une entrée royale dans la
ville, j'arrive en barque! Juste en face de la praça Marco Zero, qui
est la place principale / référence de Recife antiguo, de l'autre
côté de l'eau, il y a une digue (reliée au sud de la ville, où se
trouve Boa Viagem). Une loooongue digue au bout de laquelle se trouve
un Parc de sculptures qui réunit plusieurs oeuvres d'un certain
Francisco Brennand.
C'est original de commencer par là! Et
puis définitivement, les traversées en bateau, il n'y a pas plus
"vacances".
Du côté de la gare routière Cais Sta
Rita, où le bus de Boa Viagem a son terminus, il y a un marché
artisanal (São José) qui me rappelle beaucoup beaucoup celui de
Piura avec ses charrettes de fruits et ses rues défoncées à
l'extérieur, ses mini buvettes au milieu du passage, ses petites
échoppes débordantes de produits à l'intérieur de la grande
halle, de la musique qui pique les oreilles parce qu'elle est trop
fort, trop nulle ou diffusée sur des postes de trop mauvaise
qualité, et toujours cette odeur d'animal mort qui émane des stands
de viande.
J'adore!
Je me le garde sous le coude pour les
achats souvenir de fin de voyage.. puisque je repasse à Recife en
fin de mois pour le vol de retour.
A propos de bus.
O Ônibus.
Les quartiers sont desservis par des
grands bus qui foncent sur les avenues (qu'il y ait ou non un dos
d'âne glisse sur l'indifférence du blanc chauffeur! L'autre soir
j'avais l'impression d'être dans un manège de montagnes russes,
assise à l'arrière là où les amortisseurs s'en donnent à cœur
joie, lors d'un saut imprévu mon postérieur a décollé d'au moins
20cm !). Les habitants connaissent à peu près la fréquence de
passage, mais il n'y a pas d'horaire fixe. Pour ne pas le rater, il
faut être en forme! L'oeil de l'aigle aux aguets pour repérer son
arrivée, le bras prêt à s'agiter de façon visible, le sang froid
même si le mastodonte nous fonce dessus et les jambes trépignantes
pour se précipiter sur la porte dès qu'il s'est arrêté.Et si un
bus est déjà arrêté devant l'arrêt, ne croyez pas que le suivant
va attendre patiemment derrière pour vérifier si des passagers
veulent monter, non non ! Il faut aller le chercher derrière
avant qu'il ne file, façon « un train peut en cacher un
autre ». Système intéressant, il y a dans chaque bus un
chauffeur qui ne s'occupe que de conduire et une autre personne qui
s'occupe de faire payer les tickets – une fois qu'on a payé, on
peut passer le petit tourniquet qui bloque l'accès et aller
s'assoeir. Parfois, un chauffeur bien disposé peut ouvrir la porte
du milieu ou la porte arrière pour y faire monter des gens dans le
besoin sans payer (vendeurs ambulants par exemple..). La dernière
fois c'était encore plus drôle, il a annoncé « que ceux qui
aiment le reggae montent par l'arrière ! »
Un ticket de bus à Recife coûte entre
2,50 et 3 reais, ce qui revient à un peu moins d'un euro.
Pour nous, gringos en vacances, c'est
pas grand chose, mais pour les habitants je trouve ça plutôt
énorme..
En fait, pas mal de produits coûtent
la même chose qu'en France - un café c'est 5 reais (1,50€) , un
litre d'essence env 3R$ (1€) une coxinha (sorte de beignet en forme
de goutte généralement fourré au poulet) ou un pastel (chausson
salé fourré au fromage, poulet, jambon..) entre 3 et 5R$..
Sauf que les salaires, eux, ne sont pas
au niveau du smic français ! D'après mon guide, le minimum
légal est de 600 et quelques reais. .. donc 200€. Un salaire de
classe moyenne (prof de langue dans une école privée) se situe
entre 1500 et 2000 reais (500 à 700€)
ça laisse pantois !
Je n'ose même pas estimer le coût de
la vie pour les classes moins favorisées (travailleurs pauvres,
pauvres sans travail..)..
Heureusement, pour le bien de tous, le
nouveau président néolibéral Michel Temer a pour intention de
redresser son pays en éliminant toutes les dépenses inutiles
(éducation, santé, projets sociaux..), bref toutes les mesures
visant à éliminer la pauvreté et à réduire les inégalités
mises en place par les vilains dépensiers des gouvernements
précédents (travaillistes Lula puis Dilma Roussef).
A cet effet, il vient de faire passer
une loi d'austérité qui gèle les dépenses publiques pour 20 ans.
Merci Mich Mich !
Enfin bref, en ce moment d'un point de
vue politico-socialo-économique, le Brésil, c'est l'éclate.
J'ai pas encore eu trop de débats
approfondis sur le sujet, mais une chose est sûre pour tout le
monde, en ce moment, c'est la merde.
Voilà pour les bus..
Autre phénomène que j'ai remarqué,
c'est la tendance au paternalisme des Brésilien(ne)s envers moi.
Est-ce parce que je suis étrangère (et que ça se voit), non
habituée au contexte, pas encore complètement au point sur la
langue du pays et donc plus vulnérable aux personnes malveillantes ?
Est-ce parce que je ne suis qu'une faible jeune fille qui voyage
seule et qu'il faut aider à affronter tous les dangers auxquels elle
est ainsi exposée? Toujours zétil que j'ai eu l'occasion d'être
mise en garde un paquet de fois (notamment sur le fait de faire
attention à mes affaires) mais aussi copieusement félicitée pour
mon exploit d'avoir pris le bus toute seule pour traverser la ville..
Ce qui m'a doucement fait marrer.
Mais bon, ça va, ce n'est pas un
paternalisme intrusif et oppressant comme ça pouvait l'être en
Inde, c'est plus de la bienveillance attentive, c'est supportab'.
S'il y a bien une chose qui est agréab'
ici, c'est justement ça : on ne te fait pas chier !
D'un point de vue sociétal, je veux
dire, a priori il semblerait qu'il est acquis que ton voisin n'a pas
à imposer son opinion sur ce que tu es, ce que tu penses ou ce que
tu fais. Bon, je vais peut-être un peu vite en besogne, je tire
sûrement un peu la conclusion avant les bœufs, je charrie
probablement midi à quatorze heure parce que le contraste avec
l'Inde me donne envie d'y voir un fonctionnement opposé. En vérité,
je me doute bien qu'il existe des mécanismes de pression sociale ;
notamment avec le christianisme encore bien implanté il doit aussi y
avoir tout un tas de règles morales implicites que la société
n'aime pas voir enfreindre.
Mais n'empêche qu'à première vue,
les individus sont libres de se comporter comme ils le souhaitent.
S'embrasser dans la rue par exemple... hétéros ou homos sans
distinction ! On dirait que « la société » est
plutôt détendue du slip sur la question..
S'il y a bien une chose qu'il me fait
plaisir de voir, c'est la liberté avec laquelle la plupart des
femmes / jeunes filles se vêtissent d'échantillons de tissus sans
que ça ne dérange qui que ce soit !
Alors un cri de joie s'empare de moi :
vive le poum-poum short ! Tous ensemble : oui au poum-poum
short !
Mes hôtes :
Avec ce voyage je renoue avec
Couchsurfing que je n'avais pas pratiqué depuis longtemps. C'est
chouette. Le concept est toujours aussi bon.
J'atterris dans une coloc de 2 jeunes,
l'un thésard (et prof) en économie, l'autre qui travaille en
entreprise et se lève à 5h tous les matins pour aller bosser. Ils
sont plutôt sympa et aiment le futebol. Fait rigolo, l'un se fait
blanchir les dents (mais pourquoi ? Demandé-je. Because it
looks good répondit-il semi-ironiquement). En tout cas il est
suffisamment gentil pour venir me chercher à l'aéroport, me faire
visiter la plage et goûter les spécialités locales (la fameuse
coxinha). Quand il parle de moi en disant Gringa, je lui fais
remarquer que de mon point de vue, c'est un chouïa péjoratif et que
j'aimerais mieux qu'il m'appelle autrement. Alors derechef il décrète
qu'il m'appellera « Madame », en français dans le texte,
ce qu'il fera effectivement pendant tout mon séjour, me faisant
sentir encore plus ridicule. Heureusement comme on dit, le ridicule
ne tue pas, j'aurais été dans la merde !
Dès notre première conversation, je
comprends qu'on n'est pas très en phase au niveau des théories
économiques, d'ailleurs je le sens réticent à me donner son
opinion en la matière parce qu'il sait qu'avec mon profil typique de
voyageuse en sakadô qui travaille dans le secteur culturel de je
risque de penser l'opposé. Eh bien il a tout juste! Il ne veut pas
se mettre dans une case théorique mais il me dit qu'à ses yeux,
l'Etat doit intervenir le moins possible dans tout ce qui est
financier et ne doit pas avoir de « politique d'assistance »,
ce que je traduis par politique sociale. Donc en résumé, les taxes
et les impôts, le contrôle des banques, les investissements publics
dans la santé et l'éducation ou encore la culture, c'est pas trop
son truc. Ah bah oui, c'est bien ça, je pense l'opposé.
Le second coloc, lui, m'a sidérée.
Il « ne croit pas » au
réchauffement climatique.
Ses arguments :
Ca n'a pas été prouvé, et puis de
toutes façon c'est encore une stratégie des industriels pour vendre
plus de produits. Oui, parce que cette année, ils vendent tel
produit réputé pour ses qualités non polluantes, mais l'année
prochaine, ce même produit aura été remplacé par un autre encore
plus performant dans la non – pollution !
En fait, qu'à son âge (à peine la
trentaine) il puisse tenir ce discours-là, ça me troue tellement le
cul (ah bah oui c'est radical) que j'en reste baba. Et du coup j'ai
beaucoup de mal à développer mon point de vue à moi en réponse
pour ne pas le laisser là-dessus.
Je suis tellement estomaquée qu'il m'est impossible de formuler que le
réchauffement climatique et la pollution généralisée de la
planète, la déforestation, l'appauvrissement des sols, la
disparition d'espèces animales et végétales, la montée des eaux,
la fonte des glaces,(.....) ne sont pas des croyances, mais sont des
faits bien concrets et qu'on a intérêt à se remuer le popotin pour arranger ça
avant que tout soit foutu.
Mais il faut dire aussi qu'il est 5h du
matin quand il me déballe ça et qu'avec mon degré de fatigue (en
alcoolémie j'étais plutôt correcte, si si!) et mon manque de maîtrise du
portugais j'ai eu du mal à aller plus loin que « toi si
t'étais américain, tu voterais Trump »...
Incroyable. Le monde est vaste.
Pour autant il est très gentil. Il a juste dû grandir à l'école du capitalisme avec des biberons au bon lait vitaminé de consumérisme / American dreamisme / individualisme / et autres connerismes.
Sur les murs de Recife il y a plein de super graffitis.
Comme celui ci-dessus. Et puis d'autres aussi.
Je suis aussi allée à Olinda et à Porto de Galinhas.
Olinda : au nord de Recife, porte bien son nom (lindo = mignon, joli).
Je ne l'ai vue que de nuit mais cette ville est colorée, animée (plein de concerts), mignonne et touristique.
Je connais deux voyageurs français qui n'arrivent plus à la quitter.
Porto de Galinhas et Maracaipe :
A environ 1h au sud de Recife, avec ses surfers et son corail (si j'ai bien pu repérer les maillots de bains moulants des premiers, je n'ai par contre rien vu du deuxième sous l'eau trouble..)
Très agréable pour mon dernier jour dans le Pernambouc!
C'est touristique comme un bord de plage, avec échoppes de tongs, de glaces et de souvenirs. Mais ça reste mignon. On y trouve aussi des buggy, voitures de tourisme locales..
Ce jour-là j'ai appris un joli mot : mergulhar (scoobidoo-scuba diving) (nager avec un masque)
Pas de Buggy - Woogie, avant la prière du soir (pas de buggy! Pas de buggy woogie!)
Tout au bout de Maracaipe il y a un endroit magnifique où la mangrove rejoint la mer, avec une embouchure de rivière, des palétuviers pleins de troncs, des crabes jaunes, un arbre en forme de trapèze, un bar qui diffuse de la musique douce et un soleil couchant.
La mangrove est un écosystème qui se développe le long des côtes protégées des zones tropicales et subtropicales. Elle pousse dans un milieu à dépôt salin présentant diverses formes de sols anaérobies. Elle accueille une flore peu diversifiée mais une faune très riche.
(cf le site de l'ONF)
Le Yin et le Yang sont bien alignés avec Jupiter à cet endroit-là.
On connecte avec la nature et on s'y sent bien.
Trapèze naturel :
Après Recife, c'est Salvador de Bahia, à une nuit de bus plus au sud, sur la côte.