26 mai 2010
Je me sens oisive, un peu comme un oiseau. Dans ce rythme nonchalant, jamais pressé, embourbée par la chaleur, aujourd’hui je voudrais simplement lire un bouquin, installée dans un hammac en sirotant une boisson fraîche.
Mais je suis au bureau, et j’ai pas de hammac sous la main, ni de boisson fraîche. Il y a une salamandre sur la moustiquaire de la fenêtre, elle est toute petite.
Même écrire –qui demande un peu à réfléchir- me donne la flemme. Tiens, pour la peine, je bâille.
Sans chercher à entrer dans le débat sur l’unité (ou non) du corps et de l’esprit, je trouve que tout de même, tout de même, on produit difficilement quoi que ce soit avec un corps patraque.
Quand on a froid, on parvient à peine à tenir son livre avec nos doigts gelés et on passe notre temps à rabattre la couverture sur le bas du dos qui sent un courant d’air même qd il n’y en a pas.
Quand on est malade, qu’on a mal, on pense à la douleur et à rien d’autre (si, on peut par intermittence laisser vagabonder sa pensée dans le domaine du mauvais, triste, obscur, ou désespéré). Au choix.
Si on a chaud on étouffe, on veut s’aérer, se raffraîchir, on est gêné pour travailler ou réfléchir.
S’il y a des gens à côté, ils nous dérangent, mais s’il n’y a personne, on se sent seul et on se laisse plus facilement aller à la flemme.
Lorsque l’estomac est vide, on ne pense plus qu’à le remplir, mais si on a trop mangé, on est alors troublé par le processus de digestion..
Assis sur une chaise trop dure, on finit par se tortiller et à rêver à des coussins.
En fait, le moindre inconfort bloque potentiellement l’usage de l’esprit et du raisonnement. Celui qui pense requiert un contexte pensatoire optimum..
Pour pouvoir réfléchir, que veut-on ? Un endroit pourvu de lumière, sans trop d’agitation, une position confortable, un corps en bonne santé, un soif et une faim raisonnablement épanchées, une température ni trop chaude ni trop froide... et à ce moment-là .. gare au sommeil !
C’est sans fin..
Le plus simple encore est de ne pas travailler.
Non ?
Camarades, je vous le dis : Philosopher, c’est un luxe bourgeois !
Mais bon, on trouve ca chouette quand même..
Parfois... !
jeudi 27 mai 2010
mardi 25 mai 2010
20 mai en retard
(jour de publication, 5 jours plus tard, je dis que dormir dehors ca marche bien pour ne pas trop pavoir chaud, et que parfois les journees sont plus temperees que celles decrites ci-dessous. Le reste, ca viendra. Un jour..)
20 mai 2010
Dans deux mois j’aurai atterri sur le sol Provençal. C’est peu. C’est beaucoup. C’est dans longtemps. Ca va passer vite.
Chachikpur, m’y voilà ! M’y revoilà. Les champs et les chèvres n’ont pas beaucoup bougé depuis mon départ, par contre les cheveux des enfants ont bien poussé. Le paysage est plus sec.
...Et la température biennn plus élevée. Comment dire.. J’ai CHAUD !
Lucknow, c’était de la rigolade, de la gnognotte, du carton-pâte. C’était une chaleur sèche. À Lucknow, en noutre, profusion de ventilateurs, de ‘coolers’ (des ventilos avec un système rafraîchissant à base d’eau), voire même de lieux climatisés. On se déplace, on s’abrite, on se ventile, on se ballade avec un parapluie : tout va bien !
Mais ici, ah fichtre ici.. Ca y est, je visualise maintenant le concept du ‘climat sub-tropical humide’.. C’est pas comme la jungle péruvienne, c’est pire.
Du matin au soir ainsi que du soir au matin (la nuit n’est pas épargnée, toute étoilée qu’elle soit), on transpire.
J’ai une nouvelle amie : Pasina. Pasina.. c’est le petit nom de la sueur en hindi. J’apprends à cohabiter avec elle, puisque dans tous les cas que je m’habitue ou non, elle sera toujours là, collante et dégoulinante, permanente, persistante.
J’en suis à trois douches par jour. Si je pouvais, j’en rajouterais deux ou trois. Et si je pouvais encore plus, je passerais mon temps dans une piscine.
Mais non.
En fait, le principal Hic, c’est que l’électricité se fait désirer : la plupart des heures de la journée, (qui en compte tout de même 24, c’est pas rien ! Vous, vous en avez 3,5 de moins selon le décalage horaire.. ), elle se fait attendre et empêche par son absence les pauvres pêcheurs (sans lac) de profiter des bienfaits de l’air artificiellement remué ou rafraîchi.
Les pores fonctionnent à plein tube, d’ailleurs j’en découvre chaque minute des nouvelles et insoupçonnées. C’est intéressant…
J’essaye de trouver des techniques inédites de refroidissement, me mouille les cheveux avant de dormir (les grands-mères ne se lavent toujours pas le soir, toutes convaincues qu’elles sont que se laver le soir ‘nuksan karega’, c’est pas bon pour la santé.), mouille le sol de ma chambre, étends un linge mouillé sur mon lit qui est sinon aussi brûlant que tout le reste (murs, habits, sol, gens, tables, eau, papiers, ciseaux, pianos, armoires, miroirs, tiroirs, fermoirs..), bon au final je me retrouve avec de la flotte partout et je suis soulagée pour quelques minutes.
Dès que c’est sec, si je n’ai pas su m’endormir à la vitesse du son (un poil moins vite que la vitesse de la lumière), il faut tout recommencer.
M’enfin, après tout, pourquoi je me plains, je veux dire ya pas de quoi faire sa chochotte quand il fait à peine 47 degrés !
Voilà.
Ça c’était l’un des principaux aspects de mon retour à la campagne.
À part ça, sinon, je suis contente de retrouver cette ambiance et ce rythme particuliers, cette nature toujours pas moche et ce vélo rebondissant qui fait clignoter mes bracelets sur la route irrégulière.
Les chemins qui étaient naguère bordés de tas de pierre ont fini par devenir routes: ces mesdames les pierres furent étalées puis aplaties, ensuite vinrent les camarades graviers, puis du sable pour combler les trous, et enfin maintenant on a droit à une vraie route goudronnée et lisse jusqu’à Goshainganj, à 7km. Un grand luxe !
Il y a des patates stockées dans ma 1ère chambre. C’est louche. Elles sont étalées partout dans la pièce. On dirait de l’art contemporain. Ca refoule un peu.
Et puis, surtout, le grand plus de mon retour, c’est que cette fois, quand on va dans les villages, je COMPRENDS ce qu’il se dit ! Une avancée révolutionnaire pour mon esprit jadis un peu enfermé avec lui-même, faute de pouvoir attraper quelque signification du monde extérieur ou de partager une pensée intérieure..
Glop glop !
Certains sont encore capables de porter des chemises à manches longues. Je ne comprends pas. Fépapofible. D’accord, quand on se déplace rapidement à moto, ca a l’intérêt d’atténuer un peu l’air brûlant qui nous fait face, mais ici la plupart du temps on est au centre, et même si trajet en moto il y avait, ce serait à une vitesse si fulgurante que des manches courtes feraient aussi bien l’affaire.
Ils sont fous ces romains ; hiver comme été ils sont vêtus de même : sari-tongs ou chemise-pantalon, et c’est censé protéger d’un hiver sans isolation et d’un été sans fraîcheur.. Bah dis-donc.
Moi, évitant au maximum le soleil, je n’ai guère d’occasion de peaufiner mon bronzage sophistiqué qui comprend les bras jusqu’aux épaules (au-delà c’est toujours aussi blanchâtre) et les pieds avec marque des tongs. Glamour, toujours.
Souvent, pour accompagner le repas, en guise de salade, on sert des rondelles d’oignon cru.
20 mai 2010
Dans deux mois j’aurai atterri sur le sol Provençal. C’est peu. C’est beaucoup. C’est dans longtemps. Ca va passer vite.
Chachikpur, m’y voilà ! M’y revoilà. Les champs et les chèvres n’ont pas beaucoup bougé depuis mon départ, par contre les cheveux des enfants ont bien poussé. Le paysage est plus sec.
...Et la température biennn plus élevée. Comment dire.. J’ai CHAUD !
Lucknow, c’était de la rigolade, de la gnognotte, du carton-pâte. C’était une chaleur sèche. À Lucknow, en noutre, profusion de ventilateurs, de ‘coolers’ (des ventilos avec un système rafraîchissant à base d’eau), voire même de lieux climatisés. On se déplace, on s’abrite, on se ventile, on se ballade avec un parapluie : tout va bien !
Mais ici, ah fichtre ici.. Ca y est, je visualise maintenant le concept du ‘climat sub-tropical humide’.. C’est pas comme la jungle péruvienne, c’est pire.
Du matin au soir ainsi que du soir au matin (la nuit n’est pas épargnée, toute étoilée qu’elle soit), on transpire.
J’ai une nouvelle amie : Pasina. Pasina.. c’est le petit nom de la sueur en hindi. J’apprends à cohabiter avec elle, puisque dans tous les cas que je m’habitue ou non, elle sera toujours là, collante et dégoulinante, permanente, persistante.
J’en suis à trois douches par jour. Si je pouvais, j’en rajouterais deux ou trois. Et si je pouvais encore plus, je passerais mon temps dans une piscine.
Mais non.
En fait, le principal Hic, c’est que l’électricité se fait désirer : la plupart des heures de la journée, (qui en compte tout de même 24, c’est pas rien ! Vous, vous en avez 3,5 de moins selon le décalage horaire.. ), elle se fait attendre et empêche par son absence les pauvres pêcheurs (sans lac) de profiter des bienfaits de l’air artificiellement remué ou rafraîchi.
Les pores fonctionnent à plein tube, d’ailleurs j’en découvre chaque minute des nouvelles et insoupçonnées. C’est intéressant…
J’essaye de trouver des techniques inédites de refroidissement, me mouille les cheveux avant de dormir (les grands-mères ne se lavent toujours pas le soir, toutes convaincues qu’elles sont que se laver le soir ‘nuksan karega’, c’est pas bon pour la santé.), mouille le sol de ma chambre, étends un linge mouillé sur mon lit qui est sinon aussi brûlant que tout le reste (murs, habits, sol, gens, tables, eau, papiers, ciseaux, pianos, armoires, miroirs, tiroirs, fermoirs..), bon au final je me retrouve avec de la flotte partout et je suis soulagée pour quelques minutes.
Dès que c’est sec, si je n’ai pas su m’endormir à la vitesse du son (un poil moins vite que la vitesse de la lumière), il faut tout recommencer.
M’enfin, après tout, pourquoi je me plains, je veux dire ya pas de quoi faire sa chochotte quand il fait à peine 47 degrés !
Voilà.
Ça c’était l’un des principaux aspects de mon retour à la campagne.
À part ça, sinon, je suis contente de retrouver cette ambiance et ce rythme particuliers, cette nature toujours pas moche et ce vélo rebondissant qui fait clignoter mes bracelets sur la route irrégulière.
Les chemins qui étaient naguère bordés de tas de pierre ont fini par devenir routes: ces mesdames les pierres furent étalées puis aplaties, ensuite vinrent les camarades graviers, puis du sable pour combler les trous, et enfin maintenant on a droit à une vraie route goudronnée et lisse jusqu’à Goshainganj, à 7km. Un grand luxe !
Il y a des patates stockées dans ma 1ère chambre. C’est louche. Elles sont étalées partout dans la pièce. On dirait de l’art contemporain. Ca refoule un peu.
Et puis, surtout, le grand plus de mon retour, c’est que cette fois, quand on va dans les villages, je COMPRENDS ce qu’il se dit ! Une avancée révolutionnaire pour mon esprit jadis un peu enfermé avec lui-même, faute de pouvoir attraper quelque signification du monde extérieur ou de partager une pensée intérieure..
Glop glop !
Certains sont encore capables de porter des chemises à manches longues. Je ne comprends pas. Fépapofible. D’accord, quand on se déplace rapidement à moto, ca a l’intérêt d’atténuer un peu l’air brûlant qui nous fait face, mais ici la plupart du temps on est au centre, et même si trajet en moto il y avait, ce serait à une vitesse si fulgurante que des manches courtes feraient aussi bien l’affaire.
Ils sont fous ces romains ; hiver comme été ils sont vêtus de même : sari-tongs ou chemise-pantalon, et c’est censé protéger d’un hiver sans isolation et d’un été sans fraîcheur.. Bah dis-donc.
Moi, évitant au maximum le soleil, je n’ai guère d’occasion de peaufiner mon bronzage sophistiqué qui comprend les bras jusqu’aux épaules (au-delà c’est toujours aussi blanchâtre) et les pieds avec marque des tongs. Glamour, toujours.
Souvent, pour accompagner le repas, en guise de salade, on sert des rondelles d’oignon cru.
jeudi 13 mai 2010
Grand jeu-concours!
Grand jeu-concours!
À la manière des magazines estivaux qui fleurissent aux abords des caisses de supermarché dès que s’approche l’été, je vais lancer un grand jeu-concours pour faire monter les ventes.
Si ca vous tente, et que vous n’avez pas d’autre objectif que de trouver une formule marrante ou chouette –ou même intelligente, si vous êtes d’humeur- vous pouvez, avec la certitude qu’il n’y aura pas plus de récompense que le plaisir de vous lire, trouver une fin à la phrase suivante:
“Si, comme tout autre vivant, nous eussions attendu que des ailes nous poussassent, incertainement...”
Et maintenant, c’est à vous! Faites vos jeux! Roulez jeunesse! En avant toute! Consonne! Voyelle! Etc.
À la manière des magazines estivaux qui fleurissent aux abords des caisses de supermarché dès que s’approche l’été, je vais lancer un grand jeu-concours pour faire monter les ventes.
Si ca vous tente, et que vous n’avez pas d’autre objectif que de trouver une formule marrante ou chouette –ou même intelligente, si vous êtes d’humeur- vous pouvez, avec la certitude qu’il n’y aura pas plus de récompense que le plaisir de vous lire, trouver une fin à la phrase suivante:
“Si, comme tout autre vivant, nous eussions attendu que des ailes nous poussassent, incertainement...”
Et maintenant, c’est à vous! Faites vos jeux! Roulez jeunesse! En avant toute! Consonne! Voyelle! Etc.
Faivon des paftèques
Mai est là.
Moi aussi, je suis toujours là!
Toujours plongée dans cette temporalité si aléatoire.. Déjà mai? Et pourtant, c’est tellement loin.. C’est passé vite. Mais qu’est-ce que c’était long!
Un rythme si spécial. Apprendre à ne jamais être pressé. À composer avec les éléments en place et le contexte du moment, sans chercher à élaborer de plans trop précis pour le futur: ca arrivera quand ca devra arriver. Moi aussi, d’ailleurs, j’arriverai au moment où j’arriverai, pas avant ni après.
La notion de retard ne fait pas partie de l’imaginaire collectif. Avant 10heures, le matin, rien. Je me rends au bureau de poste sous un soleil déjà puissant et la rue du marché est déserte: en fait, les gens émergent de leurs cachettes le soir, après le coucher du soleil, quand on ne risque plus de se faire avaler tout cru par la lumière et la chaleur solaires. Je bois. Moi, l’antihydratation incarnée, j’ai tout le temps soif et absorbe joyeusement chaque vers d’eau fraîche qui croise mon chemin.
Bref, comme prévu, il fait chaud, et ca n’arrange en rien la rapidité ambiante: rien de tel qu’un soleil de plomb pour justifier un longue sieste à l’ombre! Y compris allongé sur une selle de moto, sur un ‘terre-plein central’ semi-herbeux qui sépare les 2 voies de la route, ou autre support inconfortable.
Les vendeurs de parapluie-rasol étalent leur colorée marchandise sur le bord des routes, là où l’absence d’arbres permet à l’astre vigoureux d’assommer le passant à coups de rayons pour le vider de son énergie.
D’autres vendeurs continuent à emplir nos yeux de couleurs et d’agréables pensées avec leurs peluches de chien, leurs éléphants gonflables, et leurs crocodiles en plastique.
D’autres encore réparent les chaussures au marteau ou regonflent les roues des vélos.
Tiens, d’ailleurs on se marre à la vue d’un vélo qui transporte un énorme bloc de glace sur son porte-gabages, déjà ruisselant, et on espère pour lui qu’il ne va pas trop loin. (je l’ai pt-être déjà mentionné, mais c’est tellement conceptuel, le transport-de-glace-sur-un-vélo-en-plein-soleil-par-45-degrés!)
Le linge, lui aussi, sèche plus vite que la musique, à peine étalé sur les rambardes qui longent la route, ou sur le bord de la rivière dans laquelle il vient d’être lavé, ou partout ailleurs. Quand je sors de la maison, j’essaye de trouver le moyen d’ouvrir le portail en le touchant le moins possible: il est brûlant.
À part ca, les pastèques sont arrivées! Psartèk psartèk, quel régal! Énormes et arrondies, elles encombrent les stands du marché, débordent des camions, envahissent le paysage, c’est très chouette! Leurs copines les mangues sont sur le point de déferler aussi. Mon ventre s’en lèche les babines d’avance.
Les petits nenfants vont toujours à l’école dans leurs petits nuniformes, plus tôt maintenant que l’été est là. Ils en sortent vers midi et se font ramener à domicile par des bus pétaradants, ou mieux, pour les demi-portions, par des rickshaws scolaires! C’est toujours le même concept: un guidon, des pédales, un gars qui s’échine dessus, et un truc monumentalement lourd derrière lui. Dans le cas des rickshaws scolaires, le truc lourd c’est des petits écoliers et leurs grappes de cartables, abrités par une espèce d’auvent arrondi, à la manière des diligences de Lucky Luke.
Parfois, le milieu de la route est en train d’être repeint au pinceau en bandes noires et jaunes. J’aime bien l’absurde du quotidien. Les routes sont défoncées et pleines de trous, l’accès à l’électricité et à l’eau courante est loin d’être universel (et même quand accès à l’électricité il y a, les coupures de courant sont son plus fidèle camarade), les écoles manquent de profs et de locaux, les officiels sont corrompus, les enfants n’existent pas légalement à défaut d’enregistrement à la naissance, les rivières sacrées sont des plus polluées... Mais, pour commencer, que faire? Et si on repeignait le bord des routes en noir et jaune par dessus la couche toujours visible de l’année dernière?
(La deuxième priorité, c’est de laisser libre cours à sa mégalomanie et de faire construire à grands frais des parcs immenses et de faire ériger des statues. Mayawati, la Chief Minister (Equivalent de Gouverneur, Président de région..) de l’Uttar Pradesh, est assez spécialiste en la matière. Elle se fait élire en tant que Dalit (la plus basse caste) par la population rurale et pauvre de l’Etat, puis jette des lakhs de roupies par les fenêtres pour qu’on voie sa photo tous les 2 mètres. (Lakh=unité de mesure indienne, ca veut dire centaines de millier je crois).
Je dis ‘jecrois’ parce que je confonds sûrement avec les Crores, autre unité de mesure. De toutes facons, fini la rigueur. J’ai appris à accepter l’approximation. Ne pas savoir précisément, ne pas obtenir d’information certaine. Se ballader dans un flou artistique. ‘Ne savoir qu’une chose c’est qu’on ne sait rien’ (oui, je plagiate un peu). (Et me répète beaucoup, je crois aussi).
--Encore un peu et je ferai des fautes d’orthographe! ..
..Dieux du ciel non, tout mais pas ca-
À propos de manque de savoir, il y a quelques temps déjà, que j’ai fini Alice, et son pays merveilleux. Tentant de rattraper un bout de culture contre l’étendue de mon ignorance en lisant enfin l’oeuvre de Lewis Carroll, je fus tout bonnement époustouflée de trouver le bouquin si bien!
Eclat de rire garanti toutes les 5 pages, je tenais à en partager un petit peu.
“-No wise fish would go anywhere without a porpoise. [porpoise = marsouin].
-Wouldn’t it really? Said Alice, in a tone of great surprise.
-Of course not, said the Mock Turtle; why, if a fish came to me, and told me he was going on a journey, I should say, “With what porpoise?” “.
(En guise de mauvaise traduction pour les anglo-pas-phones – sachant qu’en francais ca perd tout son intérêt :
-Aucun poisson intelligent n’irait nulle part sans un marsouin.
-Vraiment? Dit Alice, d’un ton très surpris.
-Evidemment, dit la ‘Fausse Tortue’; pourquoi, si un poisson venait me voir, et me disait qu’il partait en voyage, je lui dirais, “Avec quel marsouin?”)
Mon prochain marsouin à moi c’est Chachikpur: retour à la campagne pour la fin du stage. Ca veut dire aussi retour aux connexions internet lentes et laborieuses, à la quasi impossibilité de charger des photos, et aux petits oiseaux.
Finir en vitesse les préparatifs de départ de Lucknow, et décoller. Je risquerais de m’encroûter!
Moi aussi, je suis toujours là!
Toujours plongée dans cette temporalité si aléatoire.. Déjà mai? Et pourtant, c’est tellement loin.. C’est passé vite. Mais qu’est-ce que c’était long!
Un rythme si spécial. Apprendre à ne jamais être pressé. À composer avec les éléments en place et le contexte du moment, sans chercher à élaborer de plans trop précis pour le futur: ca arrivera quand ca devra arriver. Moi aussi, d’ailleurs, j’arriverai au moment où j’arriverai, pas avant ni après.
La notion de retard ne fait pas partie de l’imaginaire collectif. Avant 10heures, le matin, rien. Je me rends au bureau de poste sous un soleil déjà puissant et la rue du marché est déserte: en fait, les gens émergent de leurs cachettes le soir, après le coucher du soleil, quand on ne risque plus de se faire avaler tout cru par la lumière et la chaleur solaires. Je bois. Moi, l’antihydratation incarnée, j’ai tout le temps soif et absorbe joyeusement chaque vers d’eau fraîche qui croise mon chemin.
Bref, comme prévu, il fait chaud, et ca n’arrange en rien la rapidité ambiante: rien de tel qu’un soleil de plomb pour justifier un longue sieste à l’ombre! Y compris allongé sur une selle de moto, sur un ‘terre-plein central’ semi-herbeux qui sépare les 2 voies de la route, ou autre support inconfortable.
Les vendeurs de parapluie-rasol étalent leur colorée marchandise sur le bord des routes, là où l’absence d’arbres permet à l’astre vigoureux d’assommer le passant à coups de rayons pour le vider de son énergie.
D’autres vendeurs continuent à emplir nos yeux de couleurs et d’agréables pensées avec leurs peluches de chien, leurs éléphants gonflables, et leurs crocodiles en plastique.
D’autres encore réparent les chaussures au marteau ou regonflent les roues des vélos.
Tiens, d’ailleurs on se marre à la vue d’un vélo qui transporte un énorme bloc de glace sur son porte-gabages, déjà ruisselant, et on espère pour lui qu’il ne va pas trop loin. (je l’ai pt-être déjà mentionné, mais c’est tellement conceptuel, le transport-de-glace-sur-un-vélo-en-plein-soleil-par-45-degrés!)
Le linge, lui aussi, sèche plus vite que la musique, à peine étalé sur les rambardes qui longent la route, ou sur le bord de la rivière dans laquelle il vient d’être lavé, ou partout ailleurs. Quand je sors de la maison, j’essaye de trouver le moyen d’ouvrir le portail en le touchant le moins possible: il est brûlant.
À part ca, les pastèques sont arrivées! Psartèk psartèk, quel régal! Énormes et arrondies, elles encombrent les stands du marché, débordent des camions, envahissent le paysage, c’est très chouette! Leurs copines les mangues sont sur le point de déferler aussi. Mon ventre s’en lèche les babines d’avance.
Les petits nenfants vont toujours à l’école dans leurs petits nuniformes, plus tôt maintenant que l’été est là. Ils en sortent vers midi et se font ramener à domicile par des bus pétaradants, ou mieux, pour les demi-portions, par des rickshaws scolaires! C’est toujours le même concept: un guidon, des pédales, un gars qui s’échine dessus, et un truc monumentalement lourd derrière lui. Dans le cas des rickshaws scolaires, le truc lourd c’est des petits écoliers et leurs grappes de cartables, abrités par une espèce d’auvent arrondi, à la manière des diligences de Lucky Luke.
Parfois, le milieu de la route est en train d’être repeint au pinceau en bandes noires et jaunes. J’aime bien l’absurde du quotidien. Les routes sont défoncées et pleines de trous, l’accès à l’électricité et à l’eau courante est loin d’être universel (et même quand accès à l’électricité il y a, les coupures de courant sont son plus fidèle camarade), les écoles manquent de profs et de locaux, les officiels sont corrompus, les enfants n’existent pas légalement à défaut d’enregistrement à la naissance, les rivières sacrées sont des plus polluées... Mais, pour commencer, que faire? Et si on repeignait le bord des routes en noir et jaune par dessus la couche toujours visible de l’année dernière?
(La deuxième priorité, c’est de laisser libre cours à sa mégalomanie et de faire construire à grands frais des parcs immenses et de faire ériger des statues. Mayawati, la Chief Minister (Equivalent de Gouverneur, Président de région..) de l’Uttar Pradesh, est assez spécialiste en la matière. Elle se fait élire en tant que Dalit (la plus basse caste) par la population rurale et pauvre de l’Etat, puis jette des lakhs de roupies par les fenêtres pour qu’on voie sa photo tous les 2 mètres. (Lakh=unité de mesure indienne, ca veut dire centaines de millier je crois).
Je dis ‘jecrois’ parce que je confonds sûrement avec les Crores, autre unité de mesure. De toutes facons, fini la rigueur. J’ai appris à accepter l’approximation. Ne pas savoir précisément, ne pas obtenir d’information certaine. Se ballader dans un flou artistique. ‘Ne savoir qu’une chose c’est qu’on ne sait rien’ (oui, je plagiate un peu). (Et me répète beaucoup, je crois aussi).
--Encore un peu et je ferai des fautes d’orthographe! ..
..Dieux du ciel non, tout mais pas ca-
À propos de manque de savoir, il y a quelques temps déjà, que j’ai fini Alice, et son pays merveilleux. Tentant de rattraper un bout de culture contre l’étendue de mon ignorance en lisant enfin l’oeuvre de Lewis Carroll, je fus tout bonnement époustouflée de trouver le bouquin si bien!
Eclat de rire garanti toutes les 5 pages, je tenais à en partager un petit peu.
“-No wise fish would go anywhere without a porpoise. [porpoise = marsouin].
-Wouldn’t it really? Said Alice, in a tone of great surprise.
-Of course not, said the Mock Turtle; why, if a fish came to me, and told me he was going on a journey, I should say, “With what porpoise?” “.
(En guise de mauvaise traduction pour les anglo-pas-phones – sachant qu’en francais ca perd tout son intérêt :
-Aucun poisson intelligent n’irait nulle part sans un marsouin.
-Vraiment? Dit Alice, d’un ton très surpris.
-Evidemment, dit la ‘Fausse Tortue’; pourquoi, si un poisson venait me voir, et me disait qu’il partait en voyage, je lui dirais, “Avec quel marsouin?”)
Mon prochain marsouin à moi c’est Chachikpur: retour à la campagne pour la fin du stage. Ca veut dire aussi retour aux connexions internet lentes et laborieuses, à la quasi impossibilité de charger des photos, et aux petits oiseaux.
Finir en vitesse les préparatifs de départ de Lucknow, et décoller. Je risquerais de m’encroûter!
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