2 mars 2010
Retour dans ma contrée nordique après de fort jolies vacances dans le sud du pays. Je valide.
Des choses à raconter? Voui, un peu.
Pour se rendre dans le sud, en train, depuis Lucknow: la plus efficace des méthodes pour commencer est de se rendre à la gare. (jolie gare d’ailleurs, vue de l’extérieur).
Si l’on est trop en avance, on pourra occuper son attente en observant quelques singes qui s’amusent sur le quai d’en face, en entamant la discussion avec notre voisine accroupie (alors qu’en routard(e) primaire nous avons préféré de nous servir de notre sacadal comme siège), en voyant défiler les petits étalages de livres à roulettes et les mendiants, ou encore en s’étonnant d’apercevoir le gars qui prend sa douche, là-bas, sur les rails, avec l’eau qui sort d’une espèce de canalisation indéfinie.
Une fois monté(e) dans le Raptisagar express, qui n’a d’express que le nom, on n’a plus qu’à trouver sa place et tenter de s’y concocter un petit espace cosy, le plus comode qui soit pour y passer nos prochaines 36heures..
J’ai une préférence pour les places du haut: alors que les couchettes du bas servent de banquette à tous ceux qui veulent s’assoeir et tenter de voir un bout du paysage, que celles du milieu implique, si l’on veut s’en servir, de faire lever tout le monde de la banquette du bas pour redresser son “dossier” en position horizontale (ce qui n’a d’intéret qu’au moment de se coucher); la couchette du haut, elle, permet de s’installer dans une certaine “ “intimité” ” (en Inde, c’est un concept à relativiser) et de s’y étaler –en toute impunité- dès que souhaité, tout en conservant la possibilité d’aller rejoindre les assis d’en bas.
J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien. Mais, je prends le risque de me répéter si jamais j’avais déjà fait état de cette réfléxion: j’aime bien les transports en commun. On y partage toujours quelque chose. Si ce n’est une conversation ou un sourire, ce sera au moins un peu de temps, un peu d’espace, et des mouvements communs, dictés par les roulis et cahots du véhicule.
Il ne vous reste plus, maintenant, qu’à trouver de quoi vous occuper pendant les 2 prochains jours dans cet espace réduit. Vous pouvez, comme moi, avoir prévu plus de choses à lire et à écrire que n’en aurait besoin l’ensemble du wagon, et vous trouver stupide a posteriori de n’avoir une fois de plus pas su faire simple et léger. Vous pouvez, toujours comme moi, avoir été atteint la veille du départ d’une trouille nutritionnelle qui vous aura fait emporter une montagne de choses à grignoter –au cas où- incluant des bananes qui vous enivreront de leurs doux effluves toute la nuit malgré le sac plastique.
Mais en fait, meme si votre sac ne contient que 2 tshirts et 1 paire de tongs (c’est les vacances, bondieu!), vous pouvez etre surs de ne pas mourir de faim ni de soif.
En guise de Pourquoi, vous pourriez vous demander Mais Comment?
Grace aux inlassables porteurs chemises à carreaux qui parcourent les couloirs sans treve ni relache, répétant leur litanie semi-mélodieuse: “ Chai garam chaii”, “Chai coffee, coffee chai”, “khana garam khana”, “samoseeee”, “egg briyani anda briyani”, “pani botel”, ou autre..
[Dans l’ordre: Thé chaud thé; Thé café, café thé; repas chaud repas; samosas; oeufs briyani (nom d’un plat, en anglais puis hindi), bouteilles d’eau, etc.]
Le tout est d’avoir en poche quelques deniers, sans quoi vous aurez du mal à vous procurer ces mets (d’ailleurs pas mauvais, j’en atteste!).
Le trajet se passe en général assez agréablement, surtout si on a pensé à prendre des tissus pouvant faire office de draps-couvertures, car en classe ‘sleeper’ ils ne sont pas fournis.
Confronté aux magnifiques paysages, aux envolées d’oiseaux ou aux images si rapides qu’on croit les avoir revées, à toutes ces choses qui n’arretent pas de courir derrière la fenetre, vous vous direz peut-etre une fois de plus que vraiment, que décidément, ce pays déborde (de) et combine parfaitement ces trois merveilles du monde: la Vie, la Nature, et la Beauté.
Lors de ce trajet, vos uniques périls potentiels seront évités si vous prenez soin de vous attacher les cheveux lorsque vous etes à proximité des ventilateurs fixés au plafond, et que vous vous aggripez à quelque chose quand vous vous tenez près de la porte d’accès au train, qui est toujours ouverte.
C’est chouette, d’ailleurs, j’aime bien ca, meme si je n’ai jamais osé m’assoeir sur le rebord avec les pieds sur les marches extérieures. (de toutes facons, généralement, la place est prise. Parenthèse dans la parenthèse: les Indiens semblent aimer à s’agglutiner tous en certains points meme s’il y a des l’espace autour. Ainsi, dans le train, ils seront majoritairement à la porte ou à la fenetre: c’est grace à ce genre de subterfuges qu’ils parviennent à faire croire aux observateurs extérieurs que le train est toujours bondé, meme si la plupart des places sont vides!)
Ah oui, tout de meme, n’oublions pas le danger majeur à surmonter lors de votre fou périple: les toilettes…
Il n’est pas improbable qu’au cours de 36heures, l’envie vous prenne de soulager votre vessie ou votre arrière-train. (Y compris si vous etes à l’avant du train, huhu). Il vous faudra alors vous armer d’un courage de lion et d’un rouleau de PQ (qui n’est présent à ma connaissance que dans les aéroports et les hotels classieux).
-1ère étape: réussir à positionner ses pieds pile sur l’emplacement prévu à cet effet, sans glisser. En cas de glissade, le résultat pourrait s’avérer déplaisant, si vous atterrissez dans le liquide qui peuple le sol, ou désastreux, si votre pied a le malheur de se retrouver dans le trou d’évacuation, lequel offre une vue directe sur les rails.
-2ème étape: s’accroupir, toujours sans tomber, malgré les mouvements dynamiques et peu compatissants du train, et ne pas penser au sol qui défile a toute allure sous vos fesses.
(Une anecdote douteuse m’avait été relatée concernant une mère accouchant –sans faire exprès- aux toilettes de son bébé qui aurait profité du joli conduit béant pour se retrouver sur les rails aussitot sorti de sa maman. Retrouvé sain et sauf, ainsi que sa mère, qui s’était jetée hors du train à sa suite (d’où l’avantage des portes ouvertes)).
-3ème et dernière étape: mener à bien ses petites affaires sans s’en mettre partout!
Je dois dire que je ne suis pas peu fière d’avoir su venir à bout avec succès de ces toilettes acrobatiques, et à plusieurs reprises avec ca!
La classe! –non?-
Si après toutes ces épreuves, et tout ce temps, vous etes toujours vivant, il ne vous reste plus qu’à débarquer tout motivé dans la chaleur de Chennai.
Mais ca, c’est une autre histoire..