dimanche 28 mars 2010

Illustrations





Un apercu de la cantine des vaches. Elles ont beau etre sacrees, elles n'ont guere d'autre source de rumination que les sacs plastiques et les delices qu'elles denichent dans les tas de dechets, un peu partout..



Autre scene recente, sur la magie des rickshaws..
Quand ce n'est pas des echelles, des chaises, des cordes, des tuyaux, des bouteilles de gaz, des frigos ou des gens, les rickshaw peuvent aussi se transformer en livreurs de Bouddha sans tete...

D'ailleurs, Bouddha, Ganesh? Difficile a dire; les deux sont ventripotents.
A vrai dire, il n'y avait personne a qui demander..











Dans ma collection de velos, en voici un nouveau..

Intercepte au Kukrail park, le 'parc aux crocodiles' de Lucknow.

On y est alle dimanche dernier a l'occasion d'une veritable 'sortie dominicale en famille'..

terrorisante

Je suis devenue terroriste.

Eh oui, voyez-en ici la preuve: une photo de moi voilee.

Or, comme chacun sait, voile = musulman = terroriste.
(...)
Cela va de soi.
Voila, c'est fait! Je m'y suis mise aussi.


A quoi est due cette subite conversion? Je m'adapte a l'environnement. Et l'environnement qui m'environne, (environ) en ce moment, est vraiment propice au foulard.

Ce matin, dans le journal, une carte de l'Inde toute rouge: c'etait la meteo: il fait de 35 a 45 degres a peu pres partout.. (si l'on excepte le grand nord avec son himalaya)(pff tricheur va).

Pour se proteger d'un soleil peu compatissant, et eviter de finir comme un oeuf au plat -frit sur la chaussee-, la plupart se servent d'un foulard ou d'un bout de tissu pour s'enturbanner et se cacher la tete. Moi itou.

Les lunettes de soleil, dont j'avais jusqu'a present limite l'usage, sont aussi devunues obligatoires, et elles vienent parachever le deguisement. Me voila incognito.


Et, je dois avouer, ca fait aussi du bien de pouvoir, une fois de temps en temps, se dissimuler derriere son voile. On ressent une sorte de nouvelle impunite.. Le monde est a nous, on ne sera pas demasque.. (ou presque, si on exclut tous les autres details criants d'etrangeite qui revelent mon statut de non-indienne).

Enfin, une fois, pouvoir marcher 50 metres sans se faire devisager de haut en bas par tous ceux qui croisent notre chemin, et meme par ceux qui vont dans la meme direction mais qui n'hesitent pas a tourner ostentatoirement la tete pour nous regarder. Certains, les pires, s'arretent carrement et nous suivent du regard jusqu'a ce qu'on les ait depasses. C'est assez odieux.

-D'ou le soulagement, quand parfois, par la magie d'un casque de moto (bien trop grand pour etre d'une quelconque utilite) ou d'un foulard bien enroule, on peut disparaitre et eviter le poids de ces desagreables regards..*

Des regards parfois innocents, celui d'un enfant curieux, parfois mefiants, ceux des femmes, ou parfois carrement degoutants, ceux de ces hommes frustres (manosos en espagnol) qui, vivant dans un pays ou toute la feminite des femmes est en general soigneusement cachee, se debrouillent pour fantasmer sur n'importe quoi qui leur passe sous les yeux - et si ce n'importe quoi est blanc, meme soigneusement empaquete, ils se croient au paradis (celui des 7 vierges eternellement renouvelables..) et ne peuvent reprimer _au mieux, un regard lubrique, et au pire, un commentaire ou une interpellation..

Le voile, vu sous cet aspect la, m'apparait plus comme un signe de faiblesse de l'homme plutot que de la femme.

D'ailleurs, cette fascination (sexuelle) pour la chair blanche est bonne pour le commerce: je lisais il y a un mois ou deux un article concernant des prostituees de l'ex-URSS qui viennent en masse en Inde et profitent de leur statut de blanches pour appliquer des tarifs 4 fois superieurs a la moyenne..

Bien joue! ..

La beaute est dans le clair, c'est une evidence nationale. A la tele, les publicites n'ont de cesse de nous vanter l'efficacite de telle ou telle 'Fairness cream', soit 'creme eclaircissante' [de peau].


*Encore une fois, on rejoint la problematique du manque de conscience de la notion de 'gene' ou de 'prive'. Il ne viendrait a personne l'idee qu'un regard peut deranger.

[Sauf au Dieu Ram qui repudie sa femme Sita apres qu'elle a(it) ete enlevee par un mechant au Sri Lanka: meme si elle n'a pas ete touchee, elle aura forcement ete souillee par son regard..]

mardi 23 mars 2010

La rue se vit

C'est la saison des cordes.

De plus en plus de rickshaws et de camions sont charges et debordants de cordes.

Les dechets, eux, n'ont pas bouge, ils sont toujours autant partout. Etales, eparpilles, saupoudres ou rassembles en de gros tas sur lesquels viennent se nourir les vaches, parfois des cochons iroquois (leurs poils font une espece de crete sur le dos) et des chiens, qui s'y endorment aussi de temps en temps.

La rue est vivante, la vie est ruante, chaque lieu 'public' est investi.
La gare se transforme en dortoir, un rickshaw sous un arbre formera le meilleur abri pour une petite sieste sur le bord de la route, un robinet ou une pompe a eau permettront a qui veut de se prendre une petite douche (en calecon marron qui, de loin, donne franchement l'impression que le gars parade en tenue d'Adam).. N'importe quel rebord, trottoir ou chaussee servira de siege, ou plus souvent de 'support a posture accroupie'. Les compartiments de train sont ideaux pour s'organiser un petit pique-nique.
(Tenez, mon Coquelicot).

-Pendant ce temps-la, certains individus flottent en l'air: ce sont soit les vendeurs de tabac assis en tailleur dans leurs mini cabanes sur pilotis, soit les manants qui attendent le bus, assis (ou accroupis!) sur les sieges des abris bus qui sont assez hauts pour que rien ne touche le sol.


Et moi, je m'en retourne a la maison. C'est l'heure.

Roulez jeunesse!

Il commence a faire chaud.
Maintenant, a moto, le vent qui nous decoiffe n'a plus la fraicheur d'antan: il s'apparente plutot a l'air du gros tuyau de chauffage du cirque..

C'est pas grave, on est quand meme content d'etre decoiffe : car ce vent a un petit gout d'une nouvelle Liberte.. En effet, maintenant, et depuis fort peu, on est titulaire d'un document OFFICIEL (et meme pas frauduleusement obtenu) pour conduire des vehicules, 4 ou 2 roues! Et on en profite. Roulons, jeunesse!**

Je dis 'on', c'est moi on, a la maniere d'un Nous, Marechal de France.
C'est marrant de se nounouyer. Ils font ca aussi en hindi (beaucoup plus couramment que les francais d'ailleurs): au lieu de dire "mai hu", par exemple, ils diront "ham hai". (Je suis, nous sommes).
Oh,ce n'est pas tout! La langue hindi recele plein de rigoloteries ou d'originalites. C'est interessant d'ailleurs.

Pas de verbe avoir. On ne possede point,eh non! Pas de bol pour ces messieurs les materialistes*. Plutot que d'avoir de l'eau, "il y a de l'eau pres de moi". (A savoir: mere paas pani hai). Les personnes, elles, on les accole a nous.. "Mujhe ek bahin hai" = a moi il y a une soeur.

*Ca n'empeche pas les verbes Lena (prendre) et Dena (donner) d'etre parmi les plus employes.

Par ailleurs, Socrate a du passer par la, ici on ne sait rien. (quels ignares!)Les choses viennent a nous.
On ne sait pas parler hindi, mais l'hindi vient a nous! Mujhe hindi ati hai = a moi l'hindi vient.. Joli, non?

Bon, c'est pas tout ca, mais il ne faut pas oublier les choses serieuses: classifier les gens et leur manifester notre plus grand respect s'ils font partie des 'Bons', des 'Propres', en un mot, s'ils sont des Notres!
L'hindi a, a cet effet, un petit mot tout prepare: "ji". Je l'abhorre. Ainsi, quand on se refere a quelqu'un de 'superieur', qu'il soit la ou non, on accole a son nom le petit suffixe.
-Vous m'appelez Anaelle? Je ne risque pas de vous repondre, je suis offensee, offusquee et diantrement outree. "Anaelle-ji?" ah, c'est mieux.
De meme, le 'ji' remplace le vulgaire oui (ha) lorsqu'il faut repondre affirmativement a ces Hautes personnes.
Me planquant plus ou moins derriere mon statut de debutante en hindi et d'inconsciente etrangere aux coutumes locales, je m'applique a ne jamais en faire usage et a prononcer le nom des gens dans leur simplicite nominative. C'est pour ca qu'on a un non, nom? Nom de nom.


Pour en revenir a nos moutons suintants, qui transpirent de chaleur, je voulais vous faire part d'une touche de poesie recurrente, augmentant avec le soleil: les parapluies-ombrelle.
De plus en plus souvent, sur le bord des routes, on voit des jeunes (ou moins jeunes) femmes, qui, pour se proteger du soleil, se promenent nonchalemment avec un parapluie.. Je trouve ca bo! (avec un accent circonflexe). Ca fait un peu Magritte..

Une autre version de protection solaire, outre la creme, c'est les gants des annees 1920, qui montent jusqu'au-dessus du coude (Bonjour Coude!).


**Vous pouvez me dire "Drive carefully" si vous pensez qu'on ne me l'a pas encore assez repete..
Moi, j'avoue, la circulation indienne me fait bien marrer. Il faut s'y fondre, s'y glisser, y slalommer, s'y embourber; le tout est de ne jamais s'enerver. Prendre les choses comme elles viennent et faire sa sauce avec. La meilleure technique reste encore de rouler a peu pres sur la ligne centrale qui separe les deux voies. Ca permet de doubler les tempo trop lents qui sont vaguement a gauche et de se faire doubler par les motos plus rapides qui sont supposees arriver a notre droite. Mais evidemment, il faut toujours etre pret a changer la routine et savoir doubler un camion par la gauche, ou encore faire un gros ecart pour eviter un trou, une vache, ou un rickshaw qui est apparu sans prevenir. (S'il a oublie de crier "gare".)
Le 2-roues n'est pas forcement plus rapide que les autres moyens de transports: il y en a trop pour qu'on puisse etre le seul malin a se faufiler entre les voitures. En fait, meme la condition de pieton est parfois difficile: il m'est deja arrive de me retrouvee bloquee, a pieds, dans un embouteillage! Mixite totale, des pieds au roues en passant par les moteurs, pas de discrimination: tout le monde etait coince a sa place.

Technologie, mon amie

La Grande incapacité notoire de la technologie fait encore des siennes.
Et aujourd’hui, encore moins de pacité que de coutume.
On compte dessus, mais rien n’est plus traître!
Ah, vile engeance.

Mon dédé externe a été bien joliment infecté par une saleté de virus, ce qui me prive donc d’accès à tous mes documents -que ce soient photos ou tableau, rapports ou messages. Youpi.

Me voilà bien en peine, aux côtés d’un pseudo patron chaque jour plus antipathique. C’est pas très tagréable.


Sinon, ca va!

Envie d’écrire. Ca fait des baux.

jeudi 18 mars 2010

Railway Station


Pour prouver mes dires: Vue de la gare de Lucknow.
Photo recuperee sur le net juste pour vous montrer qu'elle est jolie quand meme.

mardi 16 mars 2010

A defaut d'ecrire des choses correctes, en ce moment, je livrerai simplement une vue sur mon petit moment de kitsch quotidien : la salle du 'cours de danse'.. Un regal!


Imaginez egalement les guirlandes de fleurs en plastoc qui ruissellent pour former une separation avec la 'salle de musique'..

En general, qd je ressors de la, j'ai la peche!

(la question est de savoir: est-ce parce que lorsque j'y suis je me meus dans mon element ou parce que je suis contente d'en sortir?)

mercredi 3 mars 2010

Chennai, Puducherry, Mamallipuram

On dit des gens du sud qu’ils sont globalement plus foncés et plus tranquilles que ceux du nord de l’Inde. Je suis globalement d’accord.

Globalement, que trouve-t-on au sud que l’on n’a pas au nord (disons en Uttar Pradesh)?
-le jasmin dans les cheveux des femmes
-la mer (ou l’océan…)
-une telle chaleur
-les idlis et les dosa, repas typiques
-autant d’affiches de cinéma sur les murs, y compris sur les murs tordus, ce qui donne des effets 3D intéressants
-le tamil*, incompréhensible mais lui aussi très joli à l’écrit (enfin, ca c’est quand on se ballade dans le Tamil Nadu, où se trouve Chennai, parce que si on va dans le Kerala, l’Etat d’à coté, c’est déjà une autre langue..)
-les temples débordant de couleurs et de personnages dodus* (dieux ou animaux, tous ne sont pas identifiables pour la novice que je suis), à coté desquels les temples du nord apparaissent sobres (!)
-les éléphants qui adoubent les donateurs de concombres devant un temple de Ganesh (le dieu à tete d’élephant, ndlr) [oui, c’est moi la rédaction].

*c’est le coté dravidien du pays, en opposition au coté aryen/sanskrit ou persan du nord..


Un accueil très sympa à Chennai chez Laure, de supers jus de fruits mixés maison, la découverte d’un lieu à ne surtout PAS visiter (Le fort Saint Georges, ressemblant à un hlm délabré, vide et militaire, d’une tristesse déprimante tellemetn il n’offre rien à voir), un métro qui n’est jamais souterrain et qui offre une jolie vue sur la ville à travers les portes ouvertes.

Quelques jours à Pondichéri, qui est plus petit que ce que je croyais. Couch Surfing toujours aussi sympa et efficace, on est accueillies dans une chambrounette archichouette sur une terrasse magnifique en mosaiques et on a droit à une virée en moto pour voir les alentours.
Ancien comptoir francais, on y trouve toujours des francophones et des vrais pains au chocolat (aah, ca faisait longtemps), de la bière (ca aussi), un consulat déserté par ses employés (non il est en sortie personnelle, il faudra revenir demain mademoiselle) et quelques églises (roses toutefois, ne déstabilisons pas trop l’Indien kitschisé depuis l’enfance)!


A quelques kilomètres de là, Auroville, le village utopique créé en 1968 dont je ne sais trop que penser.
Il est vrai, ce n’est pas une attraction touristique. Pas possible de se ramener la bouche en coeur et demander une visite guidée. Alors, comme on aimerait bien se faire qd meme une petite idée, on se contente d’un passage au centre d’information qui nous présente le projet, et d’un apercu du Matrimandir, grande boule dorée édifiée au centre du village pour la méditation.

 
(Soucoupe volante)
Matrimandir, photo de Laure


-Une jolie idée de rassembler toutes les nationalités, une ouverture à l’autre, une solidarité en vue de la paix et du progrès.
-Une spiritualité qui me laisse dubitative (approche trop superficielle de ma part, oh surement), avec un culte quasi idolatre envers la Mère fondatrice, une francaise qui s’était entichée de Sri Aurobindo et de sa philosophie. Se défendant d’etre une nouvelle religion, mais impliquant une vision du monde propre et des ‘étapes’ plus ou moins ritualisées vers la ‘transcendance’, le tout entre 28 guillemets tellement je pense etre loin d’avoir cerné précisément l’idée.
-Une concrétisation partiellement réussie, étant donné la très faible intégration de la communauté dans la vie locale en dehors d’Auroville meme, et inversement. Composé d’une majorité d’Européens (surtout des Francais) qui donnent parfois la désagréable impression de profiter des conditions de vie de la région et des services qu’ils se sont crées sans chercher au développement de la zone et aux échanges avec les ‘hors-communauté’, et se réfugiant de plus en plus au sein de leurs propres murs. (..oui…il est nécessaire de réserver l’accès à cette zone de plage, si les locaux ne peuvent s’empecher d’etre affolés par la vue de toutes ces blanches dénudées, ..etc)..
En tout cas, leur resto sur la plage (à l’intérieur d’un campement qui m’évoque vaguement une sorte de club med pour hippies/bobo) propose des salades délicieuses – et on n’est pas censé y avoir accès-.


Puis on va tourister pour de vrai, à Mamallapuram –ou Mahabalipuram, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?


Mamallapuram, c’est la plage, c’est le soleil, c’est les touristes et les restos, et les boutiques d’artisanat. Un joli parc où il fait bon se promener en attrapant des coups de soleil, qui comprend une pierre en suspens, un phare et des temples aux reliefs travaillés.


Un bain dans l’Océan Indien au petit matin, que c’est bon ! L’eau est plus chaude qu’une armoire en fer, 3 surfeurs tentent vainement de trouver des vagues, et même les petits vendeurs de sacs en tissus délaissent leur labeur pour profiter de l’eau et s’amuser un peu. C’est agréable à voir.

Bonnes vacances, donc. J’y serais volontiers restée..

Train

2 mars 2010

Retour dans ma contrée nordique après de fort jolies vacances dans le sud du pays. Je valide.

Des choses à raconter? Voui, un peu.

Pour se rendre dans le sud, en train, depuis Lucknow: la plus efficace des méthodes pour commencer est de se rendre à la gare. (jolie gare d’ailleurs, vue de l’extérieur).
Si l’on est trop en avance, on pourra occuper son attente en observant quelques singes qui s’amusent sur le quai d’en face, en entamant la discussion avec notre voisine accroupie (alors qu’en routard(e) primaire nous avons préféré de nous servir de notre sacadal comme siège), en voyant défiler les petits étalages de livres à roulettes et les mendiants, ou encore en s’étonnant d’apercevoir le gars qui prend sa douche, là-bas, sur les rails, avec l’eau qui sort d’une espèce de canalisation indéfinie.

Une fois monté(e) dans le Raptisagar express, qui n’a d’express que le nom, on n’a plus qu’à trouver sa place et tenter de s’y concocter un petit espace cosy, le plus comode qui soit pour y passer nos prochaines 36heures..


J’ai une préférence pour les places du haut: alors que les couchettes du bas servent de banquette à tous ceux qui veulent s’assoeir et tenter de voir un bout du paysage, que celles du milieu implique, si l’on veut s’en servir, de faire lever tout le monde de la banquette du bas pour redresser son “dossier” en position horizontale (ce qui n’a d’intéret qu’au moment de se coucher); la couchette du haut, elle, permet de s’installer dans une certaine “ “intimité” ” (en Inde, c’est un concept à relativiser) et de s’y étaler –en toute impunité- dès que souhaité, tout en conservant la possibilité d’aller rejoindre les assis d’en bas.


J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien. Mais, je prends le risque de me répéter si jamais j’avais déjà fait état de cette réfléxion: j’aime bien les transports en commun. On y partage toujours quelque chose. Si ce n’est une conversation ou un sourire, ce sera au moins un peu de temps, un peu d’espace, et des mouvements communs, dictés par les roulis et cahots du véhicule.


Il ne vous reste plus, maintenant, qu’à trouver de quoi vous occuper pendant les 2 prochains jours dans cet espace réduit. Vous pouvez, comme moi, avoir prévu plus de choses à lire et à écrire que n’en aurait besoin l’ensemble du wagon, et vous trouver stupide a posteriori de n’avoir une fois de plus pas su faire simple et léger. Vous pouvez, toujours comme moi, avoir été atteint la veille du départ d’une trouille nutritionnelle qui vous aura fait emporter une montagne de choses à grignoter –au cas où- incluant des bananes qui vous enivreront de leurs doux effluves toute la nuit malgré le sac plastique.

Mais en fait, meme si votre sac ne contient que 2 tshirts et 1 paire de tongs (c’est les vacances, bondieu!), vous pouvez etre surs de ne pas mourir de faim ni de soif.

En guise de Pourquoi, vous pourriez vous demander Mais Comment?

Grace aux inlassables porteurs chemises à carreaux qui parcourent les couloirs sans treve ni relache, répétant leur litanie semi-mélodieuse: “ Chai garam chaii”, “Chai coffee, coffee chai”, “khana garam khana”, “samoseeee”, “egg briyani anda briyani”, “pani botel”, ou autre..
[Dans l’ordre: Thé chaud thé; Thé café, café thé; repas chaud repas; samosas; oeufs briyani (nom d’un plat, en anglais puis hindi), bouteilles d’eau, etc.]

Le tout est d’avoir en poche quelques deniers, sans quoi vous aurez du mal à vous procurer ces mets (d’ailleurs pas mauvais, j’en atteste!).


Le trajet se passe en général assez agréablement, surtout si on a pensé à prendre des tissus pouvant faire office de draps-couvertures, car en classe ‘sleeper’ ils ne sont pas fournis.

Confronté aux magnifiques paysages, aux envolées d’oiseaux ou aux images si rapides qu’on croit les avoir revées, à toutes ces choses qui n’arretent pas de courir derrière la fenetre, vous vous direz peut-etre une fois de plus que vraiment, que décidément, ce pays déborde (de) et combine parfaitement ces trois merveilles du monde: la Vie, la Nature, et la Beauté.


Lors de ce trajet, vos uniques périls potentiels seront évités si vous prenez soin de vous attacher les cheveux lorsque vous etes à proximité des ventilateurs fixés au plafond, et que vous vous aggripez à quelque chose quand vous vous tenez près de la porte d’accès au train, qui est toujours ouverte.

C’est chouette, d’ailleurs, j’aime bien ca, meme si je n’ai jamais osé m’assoeir sur le rebord avec les pieds sur les marches extérieures. (de toutes facons, généralement, la place est prise. Parenthèse dans la parenthèse: les Indiens semblent aimer à s’agglutiner tous en certains points meme s’il y a des l’espace autour. Ainsi, dans le train, ils seront majoritairement à la porte ou à la fenetre: c’est grace à ce genre de subterfuges qu’ils parviennent à faire croire aux observateurs extérieurs que le train est toujours bondé, meme si la plupart des places sont vides!)


Ah oui, tout de meme, n’oublions pas le danger majeur à surmonter lors de votre fou périple: les toilettes…

Il n’est pas improbable qu’au cours de 36heures, l’envie vous prenne de soulager votre vessie ou votre arrière-train. (Y compris si vous etes à l’avant du train, huhu). Il vous faudra alors vous armer d’un courage de lion et d’un rouleau de PQ (qui n’est présent à ma connaissance que dans les aéroports et les hotels classieux).
-1ère étape: réussir à positionner ses pieds pile sur l’emplacement prévu à cet effet, sans glisser. En cas de glissade, le résultat pourrait s’avérer déplaisant, si vous atterrissez dans le liquide qui peuple le sol, ou désastreux, si votre pied a le malheur de se retrouver dans le trou d’évacuation, lequel offre une vue directe sur les rails.

-2ème étape: s’accroupir, toujours sans tomber, malgré les mouvements dynamiques et peu compatissants du train, et ne pas penser au sol qui défile a toute allure sous vos fesses.
(Une anecdote douteuse m’avait été relatée concernant une mère accouchant –sans faire exprès- aux toilettes de son bébé qui aurait profité du joli conduit béant pour se retrouver sur les rails aussitot sorti de sa maman. Retrouvé sain et sauf, ainsi que sa mère, qui s’était jetée hors du train à sa suite (d’où l’avantage des portes ouvertes)).
-3ème et dernière étape: mener à bien ses petites affaires sans s’en mettre partout!

Je dois dire que je ne suis pas peu fière d’avoir su venir à bout avec succès de ces toilettes acrobatiques, et à plusieurs reprises avec ca!

La classe! –non?-


Si après toutes ces épreuves, et tout ce temps, vous etes toujours vivant, il ne vous reste plus qu’à débarquer tout motivé dans la chaleur de Chennai.

Mais ca, c’est une autre histoire..