Mai est là.
Moi aussi, je suis toujours là!
Toujours plongée dans cette temporalité si aléatoire.. Déjà mai? Et pourtant, c’est tellement loin.. C’est passé vite. Mais qu’est-ce que c’était long!
Un rythme si spécial. Apprendre à ne jamais être pressé. À composer avec les éléments en place et le contexte du moment, sans chercher à élaborer de plans trop précis pour le futur: ca arrivera quand ca devra arriver. Moi aussi, d’ailleurs, j’arriverai au moment où j’arriverai, pas avant ni après.
La notion de retard ne fait pas partie de l’imaginaire collectif. Avant 10heures, le matin, rien. Je me rends au bureau de poste sous un soleil déjà puissant et la rue du marché est déserte: en fait, les gens émergent de leurs cachettes le soir, après le coucher du soleil, quand on ne risque plus de se faire avaler tout cru par la lumière et la chaleur solaires. Je bois. Moi, l’antihydratation incarnée, j’ai tout le temps soif et absorbe joyeusement chaque vers d’eau fraîche qui croise mon chemin.
Bref, comme prévu, il fait chaud, et ca n’arrange en rien la rapidité ambiante: rien de tel qu’un soleil de plomb pour justifier un longue sieste à l’ombre! Y compris allongé sur une selle de moto, sur un ‘terre-plein central’ semi-herbeux qui sépare les 2 voies de la route, ou autre support inconfortable.
Les vendeurs de parapluie-rasol étalent leur colorée marchandise sur le bord des routes, là où l’absence d’arbres permet à l’astre vigoureux d’assommer le passant à coups de rayons pour le vider de son énergie.
D’autres vendeurs continuent à emplir nos yeux de couleurs et d’agréables pensées avec leurs peluches de chien, leurs éléphants gonflables, et leurs crocodiles en plastique.
D’autres encore réparent les chaussures au marteau ou regonflent les roues des vélos.
Tiens, d’ailleurs on se marre à la vue d’un vélo qui transporte un énorme bloc de glace sur son porte-gabages, déjà ruisselant, et on espère pour lui qu’il ne va pas trop loin. (je l’ai pt-être déjà mentionné, mais c’est tellement conceptuel, le transport-de-glace-sur-un-vélo-en-plein-soleil-par-45-degrés!)
Le linge, lui aussi, sèche plus vite que la musique, à peine étalé sur les rambardes qui longent la route, ou sur le bord de la rivière dans laquelle il vient d’être lavé, ou partout ailleurs. Quand je sors de la maison, j’essaye de trouver le moyen d’ouvrir le portail en le touchant le moins possible: il est brûlant.
À part ca, les pastèques sont arrivées! Psartèk psartèk, quel régal! Énormes et arrondies, elles encombrent les stands du marché, débordent des camions, envahissent le paysage, c’est très chouette! Leurs copines les mangues sont sur le point de déferler aussi. Mon ventre s’en lèche les babines d’avance.
Les petits nenfants vont toujours à l’école dans leurs petits nuniformes, plus tôt maintenant que l’été est là. Ils en sortent vers midi et se font ramener à domicile par des bus pétaradants, ou mieux, pour les demi-portions, par des rickshaws scolaires! C’est toujours le même concept: un guidon, des pédales, un gars qui s’échine dessus, et un truc monumentalement lourd derrière lui. Dans le cas des rickshaws scolaires, le truc lourd c’est des petits écoliers et leurs grappes de cartables, abrités par une espèce d’auvent arrondi, à la manière des diligences de Lucky Luke.
Parfois, le milieu de la route est en train d’être repeint au pinceau en bandes noires et jaunes. J’aime bien l’absurde du quotidien. Les routes sont défoncées et pleines de trous, l’accès à l’électricité et à l’eau courante est loin d’être universel (et même quand accès à l’électricité il y a, les coupures de courant sont son plus fidèle camarade), les écoles manquent de profs et de locaux, les officiels sont corrompus, les enfants n’existent pas légalement à défaut d’enregistrement à la naissance, les rivières sacrées sont des plus polluées... Mais, pour commencer, que faire? Et si on repeignait le bord des routes en noir et jaune par dessus la couche toujours visible de l’année dernière?
(La deuxième priorité, c’est de laisser libre cours à sa mégalomanie et de faire construire à grands frais des parcs immenses et de faire ériger des statues. Mayawati, la Chief Minister (Equivalent de Gouverneur, Président de région..) de l’Uttar Pradesh, est assez spécialiste en la matière. Elle se fait élire en tant que Dalit (la plus basse caste) par la population rurale et pauvre de l’Etat, puis jette des lakhs de roupies par les fenêtres pour qu’on voie sa photo tous les 2 mètres. (Lakh=unité de mesure indienne, ca veut dire centaines de millier je crois).
Je dis ‘jecrois’ parce que je confonds sûrement avec les Crores, autre unité de mesure. De toutes facons, fini la rigueur. J’ai appris à accepter l’approximation. Ne pas savoir précisément, ne pas obtenir d’information certaine. Se ballader dans un flou artistique. ‘Ne savoir qu’une chose c’est qu’on ne sait rien’ (oui, je plagiate un peu). (Et me répète beaucoup, je crois aussi).
--Encore un peu et je ferai des fautes d’orthographe! ..
..Dieux du ciel non, tout mais pas ca-
À propos de manque de savoir, il y a quelques temps déjà, que j’ai fini Alice, et son pays merveilleux. Tentant de rattraper un bout de culture contre l’étendue de mon ignorance en lisant enfin l’oeuvre de Lewis Carroll, je fus tout bonnement époustouflée de trouver le bouquin si bien!
Eclat de rire garanti toutes les 5 pages, je tenais à en partager un petit peu.
“-No wise fish would go anywhere without a porpoise. [porpoise = marsouin].
-Wouldn’t it really? Said Alice, in a tone of great surprise.
-Of course not, said the Mock Turtle; why, if a fish came to me, and told me he was going on a journey, I should say, “With what porpoise?” “.
(En guise de mauvaise traduction pour les anglo-pas-phones – sachant qu’en francais ca perd tout son intérêt :
-Aucun poisson intelligent n’irait nulle part sans un marsouin.
-Vraiment? Dit Alice, d’un ton très surpris.
-Evidemment, dit la ‘Fausse Tortue’; pourquoi, si un poisson venait me voir, et me disait qu’il partait en voyage, je lui dirais, “Avec quel marsouin?”)
Mon prochain marsouin à moi c’est Chachikpur: retour à la campagne pour la fin du stage. Ca veut dire aussi retour aux connexions internet lentes et laborieuses, à la quasi impossibilité de charger des photos, et aux petits oiseaux.
Finir en vitesse les préparatifs de départ de Lucknow, et décoller. Je risquerais de m’encroûter!
Vers d'eau, oui, c'est cela.
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